TAKE A DRAG OR TWO W / PRINZHORN DANCE SCHOOL


"Si je devais croire tout ce que je lis à notre sujet, je serai anéanti."



« Pablo, j’ai oublié l’enregistreur au 34 je crois qu’on est mort pour l’interview. » Il est 11h30 et je suis au fond du seau. Après avoir go-fasté Shit Robot jusqu’à l’aéroport (voir par ailleurs), il était l’heure pour moi de rentrer retrouver Prinzhorn Dance School à l’hôtel pour ce qui devait être une interview. Pablo sort de sa tanière, emprunte l’appareil photo de sa sœur et m’accompagne, me proposant alors d’enregistrer avec mon iPhone. Ce qui est effectivement loin d’être con. Après un essai vite fait bien fait à l’hôtel pendant que Suzi se remet du vernis sur les ongles, Tobin descend de sa chambre avec quelques bagages et propose d’aller s’installer dehors, au pied des Arènes par cette belle journée ensoleillée, quoique venteuse, du 11 mars 2012. S’en suit cette petite discussion où il sera question de leur label, DFA, de fêtes familiales, de logiciels DJ, d’une cabane rouge, et d’un mec qui construit lui même ses instruments et qui se nomme Gavin Russom. Le tout avant d’aller finalement tâter la gonfle sur le parvis des Arènes sur fond de crunch et avec un amour d’amorti des parties génitales à la clé, 11 ans d’US

Jérémy : Salut les gars comment ca va ?

Tobin : Bien !

J : Comment était le concert hier soir ?

Suzi : C’était putain de brillant !

T : Légendaire !

S : C’était la nuit parfaite ! Absolument parfaite.

J : Quelles étaient vos sensations sur scène ?

S : C’était fantastique, nous étions très décontractés, le public a répondu dès la première chanson ce qui nous a mis à notre aise…

J : Zéro stress donc…

S : Non enfin je suis toujours nerveuse avant de monter sur scène…Mais c’était en fait très accueillant, nous voulions vraiment bien jouer et je pense qu’on a putain d’assuré, c’est cool !

J : Carrément ! On s’est éclaté nous aussi. T’en as pensé quoi de partager l’affiche avec Shit Robot ? C’est plutôt rare de voir Shit Robot et Prinzhorn Dance School sur la même date.

T : C’était… C’était un honneur de jouer avec Marcus !

J : (Rires) Sérieux ? Un honneur ? Génial, j’adhère complètement !

S : C’était super je pense pour les gens qui voulaient voir un bon groupe live mais aussi un bon DJ et au final, ça faisait une soirée complète tu vois ?

J : Ouais carrément…

S : Au lieu de mater deux ou trois groupes live et de rentrer chez soi, c’est bien d’avoir les deux.

J : Parfait.... Bon, c’était une DFA Party.

S : (Enthousiaste) Yeah !

J : Certes, c’était dirons-nous une mini-DFA Party avec seulement deux artistes mais une DFA Party malgré tout.

S : Putain de DFA !



J : Comment vous êtes vous retrouvés sur DFA ? Comment avez-vous commencé à faire de la musique pour au final en arriver à être signé sur DFA qui est, à la base, un label plus orienté vers la musique électronique que vers le rock ?

T : Ouais… (Il réfléchit) Maintenant, je pense que le label l’est un peu moins…

J : Ouais c’est vrai, vous êtes quelques uns à faire du rock, avec Shocking Pinks par exemple, mais la plupart reste tout de même des artistes tournés vers l’électronique…

S : (Timidement) Free Energy ?

J : Ah ouais Free Energy aussi, t’as raison. Mais les historiques tels que James, Juan, Shit ou Gavin, ils en ont un fait un label à tendance électronique même si le label a pris un virage un peu plus rock récemment, t’as raison.

T : Je pense que c’est moins une question de style musical mais plus une question d‘attitude, tu vois, une énergie.

J : Alors tu te sens comme au sein d’une famille ou un truc du style ?

S : Ben en fait les mecs de DFA, ils ne sont pas forcément tous musiciens, ils sont avant tout des artistes. Il y a des gens qui font leur propre couverture d’album, d’autres qui font leur propre vidéo clip à côté de leur musique et au bout du compte c’est ça qui nous réunit, nous partageons la même passion, nous sommes vraiment obsédés par ce que nous faisons. C’est une véritable marque de respect envers ce que nous aimons faire parce que nous voulons le faire de la bonne manière et tu ne retrouveras pas ça forcément dans beaucoup de maisons de disques. C’est vrai que c’est comme une famille mais parce que nous vivons en Angleterre et que nous sommes les seuls...Et les autres sont tous aux USA, nous pouvons nous sentir un peu déconnectés parfois mais quand on fait une DFA Party, c’est putain de génial, c’est comme faire une super fête de famille, comme du genre la meilleure que tu puisses faire pour fêter l’anniversaire de ta maman (rires) !

J : Carrément ! D’ailleurs vous en avez fait une à Paris en fin d’année dernière avec Juan MacLean, Shit Robot, The Rapture aussi non ?

S : Ouais The Rapure.

J : Comment c’était ?

S : C’était génial. Nous étions dans une super salle, et aussi à cette soirée nous avons super bien ouvert pour The Rapture, je pense qu’il y avait une belle cohérence…

J : C’est cool. Et à propos de votre musique, comment est-ce que vous la considérez ? Quelle votre approche pour composer vos propres morceaux ?

T : (Il réfléchit) Euh…

J : Vos influences ? Comment commencez-vous à composer vos chansons ? Quelles sont vos idées ? Qu’attendez-vous en fait de votre propre travail ?

S : On commence par le début… (Rires)

T : (Lentement) Je pense que c’est particulier. Je pense qu’il n’y a pas vraiment de style que nous cherchons à poursuivre. Le point de départ vient de ce que l’on ressent et nous écrivons ainsi énormément pour finalement ne garder que très peu de choses et lorsque l’un d’entre nous trouve une bonne basse, nous la gardons et alors on peut commencer à travailler avec. Et après, on prend ce qu’on a et (il se racle la gorge) on essaie de le jouer sur scène le plus souvent possible pour recevoir des réactions…

J : Et c’est complètement différent en fait la version studio de votre musique de ce que l’on peut entendre en live, c’est une musique totalement différente.

T : Ouais ça l’est en effet.

J : C’est plus puissant sur scène alors que sur l’album, c’est comme parfois assez lent et…

S : (Elle finit la phrase) C’est très intime.

J : Ouais intime, c’est exactement ça. C’est comme si c’était pour notre confort personnel.

T : Mais l’album est conçu pour qu’une personne l’écoute comme seule dans le noir tu vois. Et la performance ici est d’envahir la totalité de la pièce dans laquelle se trouve l’auditeur.

J : Où est-ce que vous enregistrez votre musique ? Comment vous vous y prenez ?

S : On s’enregistre l’un et l’autre.C’est un autre avantage de composer en duo parce que tu peux voir ce qui rend enthousiaste l’autre et ça en devient même une source d’inspiration parce que lorsque tu perçois la grinta dans ses yeux, ça te motive vraiment. Donc ouais, on écrit en duo et ce sur différents instruments mais principalement en utilisant la batterie et de la basse, ou la batterie et la guitare ou encore deux guitares. On apprend de ces expériences pour ensuite aller en salle de répétition et rejouer plusieurs fois en live avant de se mettre à enregistrer mais l’essentiel est que nous fassions tout que nous deux.

T : Ouais, nous avons notre propre espace, nous avons le red shed (littéralement : la cabane rouge).


J : Qu’est-ce que le red shed ?

T : C’est juste un tout petit studio que nous avons nous-mêmes construit et où l’on peut y aller pour enregistrer quand on le souhaite et non quand on le doit. Ce que je veux dire, c’est qu’on a passé quelque chose comme 300 jours en studio pour enregistrer le nouvel album et que si on avait dû louer un studio, ça nous aurait coûté des centaines de milliers de livres sterling.

S : (rires) DFA serait en faillite…

J : Bah ouais carrément ! Faillite immédiate !

S : Nous prenons énormément de temps à faire quelque chose parce que des fois, quand t’essaies de faire quelque chose de vraiment minimal, c’est vraiment compliqué et tu es obligé de chasser certains détails pour les enlever et laisser suffisamment d’espaces dans ta chanson pour la laisser respirer… Ça prend un peu plus de temps. Et aussi des fois nous avons de très mauvais sons bruts et là aussi ça nous prend un peu plus de temps.

T : Je pense que nous… Nous sommes assez perfectionnistes, assez obsédés…

S : Polymathes (mot désuet qui désigne une personne d’un grand savoir artistique, très savante)

T : Je n’utilise jamais en principe ce mot pour me caractériser mais bon… (Il réfléchit) je pense que nous ne sommes pas effrayés de suivre une voie non conventionnelle tu vois ce que je veux dire ? Si nous n’y croyons pas, avec toutes les critiques de la presse et les retours qu’on voit sur Internet qui sont sévères envers notre musique...Si je devais croire tout ce que je lis à notre sujet, je serai anéanti.

S : Et si nous composons des chansons que nous n’aurions aucun plaisir à jouer, le show d’hier soir par exemple aurait été parfaitement nul à chier ! C’est comme dire « montez sur cette scène » et jouer quelques morceaux et ne pas être aussi heureux comme lors de la première fois que tu l’as jouée. Si quelque chose n’était bien fait qu’à 50%, nous le ressentirions tout de suite et la soirée serait désagréable pour tout le monde. C’est pourquoi il très important que nous soyons heureux de faire ce que nous aimons faire.

T : Le côté live est tellement plus… épanouissant d’une certaine manière parce que tout est instantané, tout disparaît immédiatement. Dans le studio, c’est brutal car tu peux faire cette même prise des milliers de fois, c’est comme une drogue.

J : (Je coupe) Mais tu sens que tu triches lorsque t’es en studio si l’on compare par exemple à une performance live?

T : Non, non, non parce que ce que nous faisons dans le studio, tu… (Il hésite) tu utilises tous ces sons, tu les bouges dans tous les sens pour créer quelque chose et ça, c’est un métier en soi.

S : C’est une discipline différente.

T : Alors que le live, c’est une question d’énergie, de connexion et tu vois, le fait est que c’est éphémère, le live est tout ce qu’il y a de plus éphémère parce qu’il disparaît immédiatement. C’est pourquoi les choses comme celles-ci (il pointe du doigt mon iPhone) me déçoivent enfin je veux dire je m’en fiche, les gens font ce qu’ils veulent après tout mais pour moi, si je vais voir un groupe que j’aime, je veux que tous mes souvenirs soient là-dedans (il pointe sa tête du doigt) tu vois, parce que ce sont des moments magnifiques. Et si demain je regarde ces (il imite des grésillements) petits films avec un son merdique, des films sans âme, pour moi ce ne sont comme des reproductions horribles faites avec des logiciels DJ. Mais tu sais, des fois on est au courant que nous allons être filmés, et inconsciemment ça nous empêche de nous lâcher complètement sur scène…

J : Ah ouais ! Tu tiens vraiment à tes propres souvenirs ! Tu ne veux pas qu’ils soient substitués par quelque chose d’autre.

S : Ouais mais tu sais, on pourrait aussi dire que chaque chose unique doit rester unique.

T : Exactement ! C’est comme un secret, un secret que l’on partage avec le public face à nous réuni dans une seule et même salle.

S : Ouais on est tous dans cette salle et ce qui s’y passe ne se reproduira plus jamais, c’est fini. Je ne regarde absolument jamais nos concerts filmés par le public et que l’on retrouve sur internet parce que ça pourrait ruiner ma soirée, si jamais on avait passé un super moment sur scène à ce concert, ça pourrait tout casser parce que le son est pourri. Je commencerais alors à m’inquiéter en me demandant : « est ce que je sonnais vraiment comme ça sur scène ? Comment c’était dans le public ? Et bla bla bla… » et c’est une perte de temps parce que c’était juste super bien.

T : Que penses-tu de la différence entre un album et un live ? Est-ce que tu préfères un live qui sonne comme l’album ou tu aimes dissocier les deux?

J : Non je veux qu’un album reste un album, je veux que les gens derrière leur album fassent leur musique pour atteindre un certain objectif, pour envoyer un message, quelque chose de clair à l’auditeur et de facile à s’approprier (Tobin acquiesce). Ce que j’attends d’un live, c’est genre avoir une connexion, je veux que l’artiste me fasse comprendre qu’il fait quelque chose pour moi et que je m’en souviendrai. Tu vois ce que je veux dire ? L’album est destiné à tout le monde, il ne m’est pas destiné et à toi non plus d’ailleurs, il est là pour tout le monde. Mais si l’artiste tourne dans ma ville et joue dans une salle de concert, je serais là à penser que c’est plus intime, je serais directement concerné, moi mais aussi les quelques autres personnes qui seront autour de moi et ça, ça compte pour moi.

T : Tu sais des fois t’entends jouer un groupe en live, et il sonne exactement comme sur l’album. Et dans ces cas-là, je me dis: « Ok mais j’ai déjà ça chez moi ».

S : C’est chiant !

T : Et je pense qu’un paquet de ces groupes sont des groupes qui utilisent des logiciels DJ, tu sais… (Il cherche des noms de logiciels mais en connaît aucun), ouais des ordinateurs portables et des trucs dans ce style. Alors que notre beauté en tant qu’artistes est de jouer des shows différents chaque soir, selon notre humeur, selon comment s’est déroulée la journée : étions-nous frustrés ? étions-nous heureux ? Comment était le public ? Tu sais je pense que nous sommes souvent le reflet du public.

J : Ouais c’est vrai. En fait, sur DFA, tous les artistes ont leur propre matériel, toi aussi tu n’utilises aucun ordinateur et ce quelque soit le style musical de l’artiste. Que ça soit rock et même pour la musique électronique, quand je vois un mec comme Gavin (Russom ndlr) qui fabrique lui même ses immenses synthétiseurs analogiques, c’est tellement plus vrai et le son n’est jamais le même, c’est complètement artisanal.

S : C’est tellement vrai !

T : Gavin hein ?

S : Ce n’est pas le genre de mec à aller dans un magasin et à acheter l’instrument dont il a besoin parce qu’il ne peut justement pas se le permettre financièrement.

J : Évidemment.

S : Et il a tellement ce côté artisanal parce qu’il construit son matériel dans l’optique d’obtenir un certain son, il recherche en permanence quelque chose.

T : Ouais et il peut toujours répondre au public parce qu’il contrôle et manipule tout manuellement…Ses machines tu vois et c’est la clé : tu dois pouvoir être là au bon moment.. Tu dois être capable de changer le son de tes instruments, le rythme de ta musique…

S : Si tu ne fais que jouer des playbacks, tu es coincé à un certain tempo tout le long du concert, et des fois pour certains morceaux tu te rends compte qu’il serait bien de les ralentir un peu ou au contraire, de les rendre plus nerveux en augmentant leur vitesse et nous sommes trois sur scène à pouvoir le faire. Ce qui est vraiment cool avec DFA c’est que tous les artistes enregistrent entièrement leurs instruments. On utilise des outils électroniques mais ils restent des outils, ils ne remplacent pas le groupe et le groupe lui ne s’occupe que d’enregistrer ses lignes d’instruments, ils ne sont pas là juste pour appuyer sur des boutons puis basta. Et c’est quelque chose que je respecte vraiment chez DFA, et que tu ne retrouves pas dans beaucoup de labels électroniques où la plupart du temps, t’as un mec qui joue du synthé et c’est réglé. Et aussi le fait d’utiliser des instruments traditionnels, tu as une batterie, une guitare et une basse,  le son que tu fais vient tout droit de la personne qui tient toutes ces belles choses, tu vois ? Tu peux avoir trois autres personnes qui jouent les mêmes instruments mais le son va être complètement différent au final.

T : Tu vois j’aime cette sorte de … consistance, cette sorte de (Il cherche un autre mot mais ne trouve pas) tu sais… (De pire en pire) ouais. Tu sais quel son fait chaque un instrument, tu sais reconnaître une batterie, une basse mais cette personne qui est derrière et (il en peut plus et se marre)

J : (Je résume) La personne change l’instrument au final…

T : Ouais exactement !

J : Chacun avec sa propre approche, sa propre vision et son propre style…

S : C’était assez important pour nous lorsqu’on a commencé le groupe, je me souviens lorsqu’on parlait de comment voulions-nous utiliser nos instruments et comment on s’y prendrait de manière à pouvoir être capable de jouer dans n’importe quel endroit avec un son indestructible et ce, sans se soucier à quel point le système audio pourrait être à chier parce que pour nous, nos amplis devaient toujours pouvoir faire le boulot.

J : Totalement.

S : Alors on s’en foutait du système audio et du coup hier soir, même si les haut-parleurs n’étaient pas super puissants, cela nous convenait absolument parfaitement, c’était génial. On a juste mis à fond ces putains de têtes d’amplis et on a tapé vraiment fort, ça nous convenait parfaitement.

J : C’était vraiment terrible hier soir. Bon les gars, une dernière question pour la forme : quelles sont vos attentes pour la suite ? La suite de votre carrière, un autre album, des singles…etc.

T : Notre nouvel album nous permet de tourner et celui-ci, nous l’avons fait en prenant soin de le rendre compatible avec notre premier album et nous sommes super contents de voir comment il marche bien ensemble. Je pense que l’on fera un autre disque, un autre album, et voir si les trois peuvent se compléter mutuellement. Et nous adorons être en tournée, alors plus de tournées aussi.

S : Yeah oui oui oui

J : Plus de DFA Parties ?

S & T:
(En cœur) Ouais plein !

S : J’aime les DFA Parties !

J : Si vous voulez revenir ici, c’est quand vous voulez.

S : Oui !

T : Nous voulons revenir ici, nous aimons cet endroit.

J : Merci beaucoup les gars, ça nous va droit au cœur.

T : Merci à vous les gars d’avoir cru en nous.

S : (Contente) C’était super cool…

T : (Il siffle longuement, l’air surpris mais satisfait) C’est dans la boîte !

Propos recueillis par Jérémy Brunet, un grand merci à lui.

Remerciements :

Mairie de Nîmes 
Demande Moi De M’Arrêter 
Alexandre Cussey & RAJE
SMAC Paloma
Bar le 34
The legendary Rob Hardy
Marc Bastide & Teckyo.com
Christophe Ehrwein & Kongfuzi Booking
Johnny Moy & WME Entertainment
Prinzhorn Dance School, Shit Robot & DFA Records
Toutes les personnes qui sont venues à la DFA Party

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